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Tremblements

12052008

Chers amis,

 

Juste quelques mots sur mon blog pour rassurer tout le monde comme je reçois plein d’emails. Tout va bien!

Effectivement, le tremblement de terre a été assez violent à Chengdu, et j’ai bien cru que mon immeuble était en train de s’effondrer, mais au final, il n’y a eu qu’assez peu de dégat, et je n’ai pas vu un seul blessé dans mon quartier. Près de huit heures plus tard, il y a toujours des répliques (nouvelles secousses, plus faibles), mais leur niveau et leur fréquence baisse peu à peu et tout le monde est rentré chez soi. Normalement, on devrait passer la nuit tranquille…

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Ambiance très lourde dans le centre de Chengdu, Sichuan, province chinoise voisine du Tibet

19032008

Mercredi 19 mars 2008, 10h du matin, heure chinoise. Le garde à l’entrée de la résidence où j’habite dans le centre de Chengdu me déconseille de me promener trop dans les rues aujourd’hui, et surtout m’incite à éviter le quartier tibétain à quelques kilomètres – pour ma sécurité.

L’ambiance dans la ville semble inhabituellement calme, bien que les habitants vaquent à leurs occupations normales. Il faut dire que la province du Sichuan – dont Chengdu est la capitale, et qui comporte plus de 87 millions d’habitants inégalement répartis sur une surface de 485 000 kms carrés, est presque pour moitié composée de deux « préféctures autonomes tibétaines », regroupant près de la moitié de la surface de la province, mais moins d’un cinquantième de sa population. Dans Chengdu, la présence tibétaine est logiquement forte.

A l’entrée du quartier tibétain, à l’intérieur du premier cercle de la ville chinoise, est installé un barrage de police qui interdit tout passage aux voitures, et effectue une fouille complète de tout véhicule ayant besoin d’y pénétrer. Le quartier est sensible, il intègre en effet également la branche du sud-ouest de la Chine de l’Université des Nationalités – l’une des grandes universités nationales, ainsi que des institutions « autonomes » des gouvernements des zones tibétaines.

Les cyclistes et les piétons entrent assez librement dans le quartier, mais peu s’y aventurent. Je passe comme si de rien n’était et constate étonné qu’on me laisse faire, en m’évitant du regard et en m’ignorant ostensiblement. A l’intérieur du quartier – presque désert alors qu’il s’agit d’une zone habituellement touristique, une voiture de police est alignée le long du trottoir environ tous les 10 mètres, girophare allumé. La musique qui s’échappe de quelques échoppes de vêtements chinoises, alors que le quartier est désert de tout client, renforce l’atmosphère étrange du quartier. Des policiers en noirs et casqués sont placés en faction régulièrement. Dans les voitures, des policiers épuisés par des heures d’attente sont endormis, alors que d’autres plus fraichement arrivés font des rondes à proximité. Des cars remplis de militaires, le casque sur les genoux, attendent également on ne sait trop quel événement à chaque carrefour. Au milieu de cela, les Tibétains qui circulent sourient à la vue d’un appareil photo, ignorant tout aussi ostensiblement les militaires chinois que ceux-ci le font à propos d’eux.

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Je m’étonne de l’étrange liberté de circulation qui m’est accordée, et m’aperçois vite que personne ne réagit même lorsque je prends des photos. Visiblement, des consignes claires ont été données sur ce point, car je me suis déjà vu interdire de photographier un entraînement militaire qui avait lieu en plein centre de Pékin l’année dernière. Alors que j’approche de la sortie du quartier, un unique policier se dirige vers moi pour me demander soudain de ne plus prendre de photos. Il est immédiatement interrompu par un autre policier qui se précipite vers lui, sans m’adresser un regard, pour lui dire de me laisser faire et l’avertit en conciliabule de directives qu’il semblait ignorer.

A la sortie du périphérique fermé par ce dispositif, j’interroge la tenante d’un restaurant chinois sur les événements locaux. Elle est gênée pour me répondre, me parle de morts à Lassah, mais garde un très lourd silence lorsque je lui demande s’il s’est passé quelque chose ici. Elle me tend un journal local où une brève en dernière page parle des événements dans la province du Tibet. Il y est déclaré que le gouvernement Tibétain du Dalaï-Lama n’a aucune crédibilité internationale, et qu’ils espèrent donc qu’aucun pays étranger ne leur accordera de crédit. Alors que je repars, la tenancière donne un sens nouveau à la formule de politesse chinoise habituelle pour me recommander explicitement de faire attention à moi et à où je mets les pieds. En retraversant le quartier en sens inverse en fin d’après-midi, la présence militaire s’est encore accentuée, des moines tibétains se promènent sur les trottoirs en souriant pour montrer leur détachement. Il paraît difficile de prédire si une telle présence calmera les esprits ou accentuera la colère.

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La petite reine

19062007

Que les amateurs de bicyclettes le sachent, en Chine la petite reine n’est pas un luxe. Oui, sans doute, faire un article sur l’omniprésence des vélos n’a rien d’original dans un blog sur la Chine. Mais voilà, il y a des jours où – on a beau avoir l’habitude – on est encore surprit, car c’est quand même parfois impressionnant…

Est-ce vraiment le nombre des vélos? Non, pas vraiment. Ça, j’ai vraiment pris l’habitude. Leur aspect généralement disloqué et le fait qu’ils roulent toujours dans n’importe quel sens? Oui, certainement déjà plus. Pour le coup effectivement, on ne risque pas de les oublier, tant on s’inquiète à tout instant d’une éventuelle collision. Je me suis fait assez mal en tombant pour éviter quelqu’un qui traversait sans regarder il y a trois semaines, et depuis mon attention n’en est que redoublée… Ajoutez à cela mon amour depuis l’enfance pour « la plus belle invention de l’Homme », comme l’appelle joliment mon grand-père, et le fait que mon vélo est assez neuf, et vous comprendrez que je vais beaucoup plus vite que la plupart des autres bicyclettes ici, et que rouler à Pékin requiert donc de ma part beaucoup plus de concentration.

Les vélos de la Chine sont l’objet de toutes sortes de fantasmes en Occident. Des fantasmes écolo surtout, auprès de défenseurs iraisonnés de la Chine que l’on croise parfois sur divers blogs et qui voudraient nous faire croire que la Chine a une volonté écologiste évidente. Si si, pour s’en convaincre, regardez le nombre de vélos (et éventuellement de vélos électriques), nous disent-ils. Les gens qui écrivent cela n’ont pas dû beaucoup parler avec tous ces écolos qui s’ignorent, et qui pour nombre d’entre eux rêveraient de s’asseoir au volant d’une voiture et de prendre leur place au coeur des embouteillages… Ils le feront d’ailleurs dès qu’un banquier irresponsable leurs accordera un emprunt pour ce faire. C’est déjà le cas de quelques unes de mes fréquentations de l’année passée, qui sont passé successivement depuis juillet dernier du vélo au vélo électrique, et du vélo électrique à la voiture (mais sans changer de salaire ni de travail). Les choses vont vite en Chine.

Mais qu’ont donc de particulier les bicyclettes de Chine et leurs conducteurs, qui ait bien pu me motiver à écrire cet article aujourd’hui? Certes, l’usage du vélo ici est bien éloigné de celui de la France contemporaine, où le vélo est souvent devenu plus un objet de loisir, voire de luxe selon le montant qu’on y investit, ou encore un mode d’expression d’un choix de vie militant (non polluant et non consumériste), qu’un simple et banal mode de transport. Prendre le vélo en France, c’est choisir de faire de l’exercice, et pour un moment au moins de renoncer au confort des voitures pour avoir (enfin) un mode de déplacement sain. Prendre le vélo en Chine, c’est avoir déjà la chance de bénéficier d’un mode de transport alternatif au fait de simplement marcher – en attendant mieux. Ça n’est pourtant pas cela qui m’amène à cet article. Pas plus que les impressionantes remorques et cargaisons de marchandises ou de matériaux que se trainent certaines de ces « bicyclettes » (qui d’ailleurs n’en sont souvent plus puisqu’elles gagnent alors souvent une ou 2 roues de plus). Ça n’est pas enfin, le fait que les vélos normaux soient ici un mode de transport en commun pour les couples d’amoureux, dont les garçons portent à l’arrière sur le porte bagage leur amoureuse assise, qui saute du vélo dès qu’ils arrivent dans une montée un peu pénible…

Ce qui m’amène à cet article n’est en fait qu’une petite observation, que j’avais déjà faite auparavant d’ailleurs, mais plutôt d’un oeil distrait, sans m’en aperçevoir. C’est ainsi que sans savoir vraiment pourquoi, depuis quelques mois, il m’est arrivé plusieurs fois d’essayer de descendre ou de monter mon vélo comme on descendait et montait autrefois un Grand Bi. (Pour ceux qui ne connaitraient pas cet ancêtre du vélo moderne, cliquez ici pour vous faire une idée.) Comme vous pourrez le voir sur l’image du lien, le Grand Bi comportait une grande et une petite roue, avec des échelons sur le cadre pour passer de l’une à l’autre et aller s’installer sur le siège au dessus de la grande roue et commencer à pédaler. Pour se lancer, il fallait donc courir un mètre ou deux à coté de son vélo, grimper en vitesse les marches pendant qu’il avançait et était stable, et se mettre rapidement à rattraper et tourner les pédales – qui étaient fixées au moyeu – avant que le tout ne tombe (et soi-même avec). Pour descendre et s’arrêter, scénario inversé, il fallait sortir ses pieds des pédales, les reposer successivement sur les 3 marchepieds, et sauter sans lâcher le vélo… J’avais eu l’occasion de faire du Grand Bi au cours de diverses semaines fédérales de cyclotourisme où j’avais été avec mes grands-parents quand j’avais une dizaine d’année, et la machine marchait bien et était assez amusante, même si pas vraiment stable et un peu dangereuse dès qu’il fallait ralentir ou que le terrain n’était plus plat.

Donc, un certain nombre de pékinois (je ne vais pas m’amuser à dire que « les chinois » font comme ça, je n’en sais rien, je n’ai pas été vérifié ailleurs en Chine.) Je ne peux pas dire non plus que tous les pékinois font ainsi, cela me parait également faux, ni même que ceux qui le font le font tout le temps, je n’en sais rien… Mais en tout cas, on peut ici occasionnellement observer des gens qui s’élancent en poussant leur vélo, ou qui en descendent en sautant, ce qui vous l’admettrez – n’est pas très commun chez nous. En tout cas, moi (mais il ne me viendrait pas non plus à l’idée de prétendre représenter à moi seul les pratiques des cyclistes en France…), je ne le fais jamais. Moi bêtement, je ne donne pas d’élan à mon vélo. Je grimpe dessus et j’appuie sur les pédales (Que ceux qui faisaient jusqu’alors comme moi se dénoncent!) Et je ne suis d’ailleurs pas arrivé du premier coup à cette acrobatie étrange qui consiste à monter ou à descendre du vélo alors qu’il est déjà en marche.

En fait, l’exercice n’est pas si difficile, c’est juste une « technique de corps » pour reprendre l’expression de Marcel Mauss. Pas de quoi en faire un foin, ni de prétendre avoir découvert une technique de corps chinoise, je n’ai jamais vu l’intérêt de faire un catalogue des pratiques humaines. Cela m’a juste paru intéressant sur la façon dont cela montre – comme souvent dans ce genre d’exemple – la façon dont des habitudes ancrées depuis l’enfance et parfaitement intégrées nous paraissent absolument naturelles, et combien les « habitudes » (tout autant « naturalisées ») des autres en arrivent ainsi à nous paraitre tout à fait étranges…







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