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Vertical horizon

16082006

Il faudra s’y faire, l’avenir de l’être humain est de vivre sous les pieds de ses voisins… Les villes des pays en voie de développement nous en montrent la voie par la multiplication des tours qui s’y accumulent. La tour, – le « gratte-ciel » -, cet étrange phallus de béton, est érigé hors de terre, permettant ainsi la colonisation des airs par les hommes. On s’émerveille souvent devant les polders, ces conquêtes de l’être humain sur la mer ; mais peu de gens semblent encore s’interroger sur la tour et ses implications.(1) Le gratte-ciel fait maintenant « partie du paysage », sa construction n’est plus un exploit et plus personne ne le verra comme une « conquête du ciel ».
Pourtant, le phénomène n’est pas sans intérêt. Surtout quand il prend corps dans ce pays de records qu’est la Chine, et qu’il vise a loger confortablement 1 milliard 300 millions d’habitants.(2) La construction des buildings semble ici une urgence, et leur érection bouleverse un paysage traditionnellement composé de maisons uniques, baties sur un modèle qui avait jusque là conquit et dominé toute la Chine. La multiplication des tours remodèle et recompose l’horizon en jouant sur toutes les cordes et nuances possibles de la verticalité. Lorsque ces immeubles n’ont pas de caractère particulier, qu’il ne s’agit ni de societés ni d’hotels, mais simplement d’appartements, ils portent en general un caractère chinois géant qui permet de les désigner.

Habitations nouvelle ère

Ainsi, les 4 immeubles qui s’étalent en face de ma fenetre s’appellent « 新 », « 纪 », « 家 » et « 园 », et forment ainsi ensemble une phrase qui signifie approximativement « Les habitations de la nouvelle époque ». Que pensera t-on de ce nom dans 30 ans? Mystère. L’usage de ces noms permet en tout cas de se situer dans le nouvel espace. C’est ainsi que je renseigne les gens que je rencontre en leurs disant que j’habite pres de l’immeuble « 方 », dans celui appele « Apollo program » (L’usage d’un nom anglais par les promoteurs ayant ici pour but de donner une certaine classe au batiment.)

apollo program
Ces points de repères nominaux autant que visuels (ils rendent l’immeuble identifiable de très loin, et même sur Google Earth, j’ai vérifié. (3)) rendent possible l’articulation entre la conquête effective de l’espace par les constructeurs et l’usage de cet espace par ses habitants qui doivent apprendre à se repérer dans un paysage où apparaissent constamment de nouveaux batiments.

grue
Mais l’érection de batiments d’habitations en hauteur à d’autres enjeux. Elle implique le passage d’un espace « subit » (le territoire dominé et ses limites géographiques) à un espace « optimisé ». Du « raisonnable » (Nous n’avons à notre disposition qu’un kilomètre carré sur lequel ne peuvent pas vivre plus d’une vingtaine de familles), on passe au « raisonné » (Chaque étage comportera une quinzaine de logements et nous allons faire une vingtaine d’étages.) La limite spatiale précédente est rendue caduque par l’établissement d’une nouvelle limite : la capacité d’investissement du promoteur (à laquelle le seul embarras pouvant venir s’ajouter est la loi de la gravité terrestre). Ainsi est rendue possible la superposition sur un même espace de milliers de vies qui s’ignorent, se croisant à peine dans un ascenseur, et le tout sans jamais aucun encombrement de couloir : un vrai miracle. Mais ceci a des conséquences. Par définition, l’immeuble permet la co-vie sur un même espace de gens pour lesquels cet espace ne serait pas suffisant autrement.
Mais alors, si tous ces gens décident au meme instant de descendre au pied de leur immeuble, que se passe t-il? La réponse est à chercher dans les embouteillages des boulevards de Pékin (comme de n’importe quelle autre ville moderne du monde) aux heures de pointe, c’est-à-dire au moment précis où la plupart des gens (mais pas tous) se trouvent dans l’obligation de se déplacer de leur espace privé (habitat) à l’espace semi-privé de leur travail. Leur co-existence n’est possible que parce qu’elle est en général restreinte à l’espace privé de chacun de leurs domiciles, l’espace public ne pouvant pas les accueillir tous ensemble.
La construction verticale implique donc en elle-même un mode de vie particulier, tourné vers l’espace privé et à-priori fermé à l’échange généralisé avec l’espace public que pourrait permettre un espace d’habitations moins dense (le village). Vivre les uns au-dessus des autres implique de ne pas vivre de la même facon ensemble, au sens où il est impossible en ville de laisser ouverte sa porte et d’inviter toute personne le désirant à venir prendre l’apéro. L’espace de convivialité est restreint parce qu’il n’a plus de limite supérieure. La multiplication du nombre de visiteurs potentiels implique l’augmentation de l’importance des critères de leur sélection.
L’augmentation de la concentration des individus engage donc un retournement de chacun vers l’espace privé. L’appartement devient ainsi la concrétisation physique du processus d’individualisation des sociétés humaines (de leur « procès d’individuation » pour parler comme Norbert Elias dans son ouvrage La société des individus.) C’est même l’assise sur laquelle repose le mode d’existence des sociétes modernes. L’espace clos du chez-soi, – de « l’entre-soi » -, s’y oppose à l’espace ouvert et public qui n’est plus qu’un lieu de passage et dont l’occupation n’est toujours que provisoire. Celui qui vit dans l’espace public (le « SDF ») est aujourd’hui forcément un « exclu ». Personne ne peut imaginer que la rue puisse etre un lieu de vie « normal » ni choisi. De même, la « sur »-occupation de l’espace public peut etre vue desormais comme un délit (En France, mais sûrement ailleurs aussi, on déplace les prostituées des quartiers riches ou leur vue est génante, on évacue les SDF et leurs tentes trop visibles des trottoirs de Paris, on envoi en garde à vue les jeunes hommes qui « squattent » l’entrée des escaliers de leur immeuble.) Le dernier exemple cité, celui des jeunes « squatteurs », me parait tout particulierement intéressant. A l’inverse du mouvement historique observé précédemment, les jeunes concernés sortent de l’espace privé pour se réapproprier l’espace public. Ils imposent à leurs voisins une co-existence (co-présence) jusqu’alors évitée et ignorée par le truchement de l’enfermement de chacun dans son propre appartement. En bref, ils forcent le ré-établissement d’un lien social dans un lieu non prévu à cet effet (C’est trop petit, puisqu’ils y sont déclarés prendre trop de place et être en cela « génants ».) En France, on pourrait donc dire que « la boucle est bouclée », selon l’expression. L’espace externe est – malgré ces contestataires – déjà quasiment exclu de l’espace de rencontre potentiel. Et l’on ne se rencontre plus que dans les espaces privés (habitations d’amis), semi-privés (écoles, entreprises) ou dans les espaces publics specialisés (parcs, bars, discothèques). Toute interpellation et rencontre hors de ces espaces est sujette à caution, potentiellement dangereuse, et donc examinée avec une attention toute particulière.
En Chine les choses sont encore différentes. La présence « externe » d’individus installés sur des trottoirs n’est pas encore « étonnante » ni forcément un symbole d’échec. Le nombre de migrants et de personnes en situation encore instable rend normale cette co-présence dans l’espace public. Il n’est pas rare de voir des individus s’installer quelques jours sur un trottoir pour ensuite se rendre ailleurs, et les ouvriers vivent en général dans leur chantier, dans des batiments prévus à cet effet où des installations de fortune selon les cas.

vue G

Le premier colocataire que j’avais eu en arrivant à Pékin il y a un mois et demi, un étudiant vietnamien, m’avait dit que les jeunes pékinois se rencontraient dans l’espace public ; qu’ils s’y donnaient un point de rencontre et qu’ils y restaient. C’est effectivement (encore) le cas. Mais plus important encore que cette observation, ce qui m’impressionne ici c’est la mixité sociale des gens qui se rencontrent. C’est peut-être une caractéristique des sociétes en voie de développement. Dans une société comme la France, on sait qu’il est difficile de rencontrer des gens en dehors de son milieu social. L’écart social (et ses stigmates d’échec ou de réussite) entre personnes est vécu comme génant. Ça n’est pas le cas ici dans les rencontres que je fais, ou la diversité des parcours est parfois impressionante.

Ne rêvons cependant pas, cette mixité sociale est liée à un contexte très particulier. Toutes les tours n’ont pas le meme standing et l’écart de tarif à la location refermera bientôt ce joli métissage. Esperons juste qu’entre ces barres verticales et le nouvel horizon qu’elles apportent existeront toujours des baraques et des stands pour manger sur les trottoirs des grillades, que des vieux y joueront encore longtemps au majong et que nombreux seront celles et ceux qui s’y rencontreront…

(1) Sauf lorsqu’on les accusent des maux les plus pénibles de nos sociétés, comme lorsqu’en France on rend responsables “les tours” du mal-être des habitants des banlieues, comme si la forme d’une architecture avait plus de conséquences que le déficit d’images qui leurs ait associé.
(2) La population actuelle de la Chine, qui ne devrait être « que » d’1 milliard 800 millions en 2050 si la politique de l’enfant unique se poursuit (Elle en serait déjà à ce stade si cette politique n’avait pas été lancée il y a 20 ans), d’après les projections des démographes.
(3) Sur le logiciel Google Earth et ses usages sociaux, lisez le très intéressant article de David sur son blog en cliquant ici.




La nature de la culture, ou Les dangers d’un beau concept.

2082006

Il y a quelques jours, alors que je cherchais comment ouvrir ce blog, j’ai eu l’occasion de feuilleter le contenu de quelques autres blogs choisis au hasard pour voir « ce que les gens écrivaient ». Parmi tous ceux que j’ai consulté, j’ai été particulièrement marqué par le blog d’un militant du Front National. L’homme qui tenait ce journal, à priori fin et cultivé (bien qu’il soit souvent difficile de vérifier les sources et la culture réelle d’un individu lorsqu’il ne fait que des références qui peuvent avoir été reprises n’importe où), y assénait des idées qui auraient pu à-priori paraître de simple bon sens si elles n’avaient pas été d’une incroyable légèreté intellectuelle. Rien d’étonnant, pourrait-on penser, de la part d’un militant du FN. Mais je n’ai pas l’habitude de disqualifier les gens ainsi lorsqu’ils cherchent à approfondir une réflexion intellectuelle. J’ai donc feuilleté avec attention cette étrange feuille de chou (dont je ne peux malheureusement pas vous redonner l’adresse à présent car je ne l’ai pas sauvegardé).

Comme dans toutes les rhétoriques extrémistes (quel que soit le bord), je crois que ce qui paraissait le plus évident dans ses chroniques était la systématicité des ses attaques (à l’encontre de tout et n’importe quoi) et l’absence de continuité dans la logique intellectuelle.

Je voudrais d’abord revenir sur le premier point. Il ne s’agit certainement pas de dire qu’un individu « normal » ou moins « extrémiste » ne doive pas faire souvent et clairement des reproches à l’encontre d’une multitude de sujets sur lesquels il souhaiterait voir des améliorations. Je me satisfais moi-même assez rarement des situations « telles qu’elles sont » (politiquement ou socialement). Mais les attaques de ce militant frontiste n’avaient pas de cible privilégiée, ou plutôt si : tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un « dirigeant » (politique ou patron) était systématiquement attaqué bille-en-tête. Tout individu en position visible était « responsable » et le plus souvent « coupable », et tous étaient rangés dans le « même chapeau ».

On me répondra à juste titre que l’on retrouverait la même chose et les mêmes généralisations dans le discours d’un militant d’extrême gauche et je suis d’accord. Mais ce qui m’a surprit, c’est que, lorsque cela l’arrangeait pour ses critiques, ce bon homme n’avait aucun mal à faire passer ses précédents « coupables » au statut de victimes, voire d’alliés lorcequ’il pouvait réexploiter leurs propos à son profit. D’un article à l’autre, nos députés, d’abord simplement lâches, puis cités si « pour une fois » ils avaient dits quelque chose allant dans son sens, devenaient d’inutiles consommateurs de subventions dépossédés de leur pouvoir par Bruxelles et le Parlement Européen. Toute logique dans la critique semblait absente. Seule la systématicité du mécontentement semblait, elle, bien présente.

C’est ainsi que j’ai eu la surprise de découvrir ce militant FN critiquer le Musée du Quai Branly (le Musée Chirac), au nom de la science et des anthropologues du Musée de l’Homme qui n’auraient quasiment jamais eu leur avis à donner au cours de son élaboration. Lui et moi étions donc d’accord? J’ai en effet moi-même visité ce musée quelques jours après son ouverture, et n’ai pu être que révulsé par la vision absolument archaïque de l’ethnologie qui y transparait du début à la fin. Je ne doute pas cependant que des ethnologues aient été malgré tout consultés (cela avait été le cas de certains de mes professeurs de l’Université Lyon2 l’année dernière). Mais la vision de l’ethnologie qui y est défendue est essentiellement culturaliste (je reviens sur ce terme et ses implications plus bas dans l’article), et très éloignée des préoccupations des chercheurs contemporains. Seule une petite plateforme (sur le corps) rendait compte de questions actuelles et m’a paru digne d’intérêt. Le reste n’était qu’un entassement d’objets poussiéreux, quasiment sans explications, et totalement sortis du contexte social dans lequel ils prennent sens. Une grosse déception…

Bien entendu, les chercheurs du Musée de l’Homme que ce militant FN semblait ici « défendre » ont des positions radicalement opposés aux siennes, et il est peu probable qu’il ait jamais ouvert l’un de leurs ouvrages ou articles scientifiques.

Pourtant, la fin de son article m’a fait frémir tant elle laissait percevoir les risques de l’usage dangereux que font de trop nombreux anthropologues (selon moi) du concept de « culture ». Ceci requière une explication approfondie. (J’espère ne pas vous perdre et ne pas vous avoir déjà endormit.) Les premiers ethnologues furent à la fin du 18ème siècle1 directement responsables de la mise en place du concept scientifique de « races humaines ». Leurs mesures physiques et analyses les ont amené à établir l’existence de différentes races chez l’être humain (Selon le pays du scientifique élaborant la théorie, le « plus haut degré d’évolution » changeait. Ainsi, les scientifiques français pensaient que le plus haut degré d’évolution correspondait au « français », les scientifiques allemands à l’« allemand », les scientifiques anglais à l’ « anglais »… etc). Ces théories scientifiques douteuses se sont progressivement très largement répandues dans les populations européennes à travers les différentes expositions, mais également par le biais d’autres travaux très sérieux qui leurs apportaient du crédit en suivant des voies parallèles (tels que la classification de Linné, la théorie de l’évolution de Darwin…).

Plus tard, la génétique, mais également avant elle de nombreux autres travaux et études anthropologiques beaucoup plus sérieux ont largement démontré la caducité de cette théorie des races2, mais le mal était fait, et nous savons tous à quel point l’idée de « race » reste profondément ancrée dans nos sociétés.

Pour aller à l’encontre de ceci, les ethnologues ont plus tard cherché à analyser et comprendre les différences entre peuples à travers le concept de « culture » (et auparavant à travers celui de civilisation). C’est le courant « culturaliste » de l’anthropologie (toujours très puissant aux États-Unis notamment). L’idée de base est simple : si les individus ne se comprennent pas (qu’ils ne parlent pas la même langue, n’ont pas les mêmes croyances, modes de vie ou attitudes et réactions), c’est qu’ils n’ont pas la même histoire, c’est qu’ils viennent de cultures différentes. Ainsi, ce qui va être polit dans un pays (une culture) peut-être à l’inverse le comble de l’impolitesse et de la grossièreté dans une autre. Et ces codes sont enseignés dès son plus jeune âge au jeune enfant, qui, une fois adulte, les enseignera (sans même s’en rendre compte le plus généralement) à ses propres enfants, et critiquera ceux qui ne respectent pas ces codes qui lui paraissent « naturels » car il n’en a pas connu d’autres. L’idée est simple, elle est logique et elle permet de comprendre des mésententes et incompréhensions entre gens issus de cultures différentes. Mais cette constatation – quant elle est poussée à l’extrême – laisse penser que les cultures et histoires des individus seraient tellement différentes qu’ils ne seraient pas même aptes à se comprendre. Pire, cette idée peut amener à penser que les cultures sont dangereuses les unes pour les autres, qu’une culture dite « dominante » peut détruire des cultures plus faibles, et qu’il faut donc à tout les prix éviter les contacts entre cultures trop éloignées les unes des autres, afin de protéger les cultures les plus fragiles. En bref, on confond des problèmes qui à mes yeux sont politiques (le fameux « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » présent dans la Déclaration Universelle des droits de l’Homme de 1948 (Chartre de l’ONU)) avec des problèmes « culturels ».

On parle ainsi d’ « ethnocide » lorsqu’une culture dominante détruit de façon systématique la culture d’un peuple « dominé » (destruction des cultures des amérindiens par les européens après la découverte de l’Amérique, interdiction faites aux esclaves africains de respecter leurs coutumes et d’employer leurs instruments de musique traditionnels en Amérique, interdiction de parler les langues et patois régionaux dans les écoles de la République à la fin du 19ème siècle…) On parle également d’ « acculturation » lorsque la domination d’une culture sur une autre entraîne la disparition progressive de la seconde.

L’idée qui sous-tend ces concepts est que la rencontre entre peuples est en soi dangereuse. On ne parle plus de races, mais l’idée est toujours celle que la différence entre les multiples « sortes » d’êtres humains les rend dangereux les uns pour les autres. Bien sûr, ceux qui défendent cette idée veulent avant tout dire que les survivants des peuples amérindiens (par exemple) vivant dans la forêt amazonienne ont le droit que l’on respecte leur mode de vie, leurs traditions et leur forêt ! Il s’agit en premier lieu de faire comprendre que personne n’a le droit de juger leur façon de vivre, et que l’on a pas à leur envoyer des missionaires pour les « éduquer » et les forcer à croire aux croyances occidentales par tous les moyens, alors qu’ils se débrouillaient très bien avec les leurs jusqu’alors…

Mais cette idée est-elle pour autant valide? Faut-il fuir la rencontre avec l’autre par peur de l’autre (et de sa différence)? Faut-il avoir peur de la culture de l’autre, ou encore penser qu’il vaut mieux que chacun reste chez soi pour être sûr d’être bien tranquille sans se poser de questions? Nous est-il vraiment impossible de comprendre les différences qui nous séparent (et les points communs qui nous rapprochent)? Je n’en suis pas si sûr…

Revenons au blog de notre militant du Front National. À la fin de son article, il disait (contre Chirac qui « dénigrait » sa propre culture en rappelant le mal qu’avaient pu faire les occidentaux à d’autres peuples du monde) que l’on se rendrait peut-être un jour compte que les seuls vrais défenseurs de la « culture » et de la « différence culturelle » : c’était eux ! [c'est-à-dire le FN] En effet, il prétendait ne pas défendre autre chose que l’idée que chacun reste chez soi, et que tout le monde ne s’en porterait que mieux…

On aura compris le danger. Face au risque de la différence culturelle et de l’incompréhension, la pensée culturaliste, sous le jour de bons sentiments, est en fait le premier pas vers le repli sur soi (ou éventuellement vers la dénégation de soi lorsqu’on idéalise une « culture » étrangère.) Comme si l’incompréhension n’existait pas entre gens issus d’une même culture ou de cultures proches… (La France et l’Allemagne, qui partageaient leurs philosophes et baignaient dans une même culture chrétienne ne se sont-elles pas fait la guerre trois fois en l’espace de 80 ans? Ne nous disputons-nous jamais entre gens de même origine, même culture, du même village…?) En bref, les mésententes et incompréhensions qui peuvent surgir entre deux personnes d’origines différentes sont-elles liées à l’impossibilité pour elles de se comprendre, ou à l’absence de volonté de leurs part de se comprendre…?

En effet, il ne faut pas oublier que les relations qui se nouent ont toujours lieu entre des individus (et non pas entre des cultures), et que c’est donc d’un individu à un autre que l’effort de compréhension a lieu. Je suis français, et pourtant, je ne vais pas m’entendre avec tous les français, bien que je puisse m’entendre avec des gens de toutes sortes et origines à condition qu’un effort réciproque ait lieu pour cela. (Et l’on peut ne pas toujours avoir envie de faire cet effort sans que cela signifie que l’on ne le fasse jamais. On sélectionne simplement les individus avec lesquels on souhaite ou pas nouer des relations.)

Le concept de « culture » risque donc de nous faire rater notre cible en nous laissant penser que l’on ne pourrait pas comprendre un individu à cause de la différence culturelle entre lui et nous. En réalité, on peut toujours se comprendre, à condition d’en avoir le temps, l’envie, et l’occasion. Décrire les individus simplement en termes de culture, c’est donc prendre le risque de les cataloguer avant de les connaître, et d’oublier que par-delà les différences culturelles (étudiées par le culturalisme) : un homme reste un homme, et que ses sentiments et son corps nous sont communs.

1) Époque où commencent à fleurir en Europe les « cabinets de curiosités » (collections d’objets volés dans les pays lointains) et les « zoos humains » dans lesquels on expose des « spécimens » des sauvages rapportés des quatre coins du monde. Le dernier « village nègre » à avoir été présenté en France l’a été à l’Exposition Universelle de Paris en 1932. Ces expositions et autres « spectacles » ont charié des centaines de millions de spectateurs à travers toute l’Europe et les États-Unis au cours du 19ème siècle, et ont progressivement disparu avec l’arrivée du cinéma (celle de 1932 ayant reçu un succès bien moindre que les précédentes.) Voir sur ce point l’ouvrage de Blanchard et all., Zoos humains, éd. La Découverte, 2002
2) Rappel sur ce point. Pour annuler l’idée de race humaine, il faut rappeler ce qu’est exactement une « race » sur un plan scientifique. Les races n’existent jamais à l’état naturel. Il n’existe toujours que des espèces. Toutes les races animales et végétales existantes sont des créations humaines. C’est à dire qu’une race animale (ou végétale) n’existe que si des hommes décident de la créer par sélection. Ainsi, depuis environ 10 000 ans et l’invention de l’élevage et de l’agriculture au Moyen-Orient (dans le fameux « Croissant Fertile »), des êtres humains ont cherché à améliorer le rendement de leurs productions agricoles en organisant la reproduction des animaux (et végétaux) qui convenaient le mieux à leurs besoins. On peut ainsi créer une nouvelle « race » de vaches correspondant mieux à l’altitude et à l’herbe qui y pousse en ne laissant se reproduire ensemble sur plusieurs générations d’une manière systématique que les animaux correspondant le mieux à ces besoins. Dès qu’un animal ne correspondant pas aux critères désirés se reproduit avec un animal de la race ainsi créée, la progéniture qui en découle n’appartient pas à la race (on parle communément d’animaux « batards »). La plupart des animaux domestiques que nous connaissons et avons autour de nous sont le fruit de cette sélection historique (parfois purement esthétique comme avec certaines races de chiens ou de chats). Mais cette sélection ne peut jamais se produire « naturellement », car il est impossible, sans une surveillance extérieure très pécise, d’empêcher tous les individus ne correspondant pas à un critère particulier de se reproduire. Par ailleurs, les migrations des différentes espèces et individus à travers les continents et les siècles va clairement à l’encontre de ce processus. On ne peut donc absolument pas parler de « races humaines », les différences entre individus (de même couleur de peau par exemple) étant trop importantes pour qu’une « race » puisse être établie.






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