Ambiance très lourde dans le centre de Chengdu, Sichuan, province chinoise voisine du Tibet

19032008

Mercredi 19 mars 2008, 10h du matin, heure chinoise. Le garde à l’entrée de la résidence où j’habite dans le centre de Chengdu me déconseille de me promener trop dans les rues aujourd’hui, et surtout m’incite à éviter le quartier tibétain à quelques kilomètres – pour ma sécurité.

L’ambiance dans la ville semble inhabituellement calme, bien que les habitants vaquent à leurs occupations normales. Il faut dire que la province du Sichuan – dont Chengdu est la capitale, et qui comporte plus de 87 millions d’habitants inégalement répartis sur une surface de 485 000 kms carrés, est presque pour moitié composée de deux « préféctures autonomes tibétaines », regroupant près de la moitié de la surface de la province, mais moins d’un cinquantième de sa population. Dans Chengdu, la présence tibétaine est logiquement forte.

A l’entrée du quartier tibétain, à l’intérieur du premier cercle de la ville chinoise, est installé un barrage de police qui interdit tout passage aux voitures, et effectue une fouille complète de tout véhicule ayant besoin d’y pénétrer. Le quartier est sensible, il intègre en effet également la branche du sud-ouest de la Chine de l’Université des Nationalités – l’une des grandes universités nationales, ainsi que des institutions « autonomes » des gouvernements des zones tibétaines.

Les cyclistes et les piétons entrent assez librement dans le quartier, mais peu s’y aventurent. Je passe comme si de rien n’était et constate étonné qu’on me laisse faire, en m’évitant du regard et en m’ignorant ostensiblement. A l’intérieur du quartier – presque désert alors qu’il s’agit d’une zone habituellement touristique, une voiture de police est alignée le long du trottoir environ tous les 10 mètres, girophare allumé. La musique qui s’échappe de quelques échoppes de vêtements chinoises, alors que le quartier est désert de tout client, renforce l’atmosphère étrange du quartier. Des policiers en noirs et casqués sont placés en faction régulièrement. Dans les voitures, des policiers épuisés par des heures d’attente sont endormis, alors que d’autres plus fraichement arrivés font des rondes à proximité. Des cars remplis de militaires, le casque sur les genoux, attendent également on ne sait trop quel événement à chaque carrefour. Au milieu de cela, les Tibétains qui circulent sourient à la vue d’un appareil photo, ignorant tout aussi ostensiblement les militaires chinois que ceux-ci le font à propos d’eux.

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Je m’étonne de l’étrange liberté de circulation qui m’est accordée, et m’aperçois vite que personne ne réagit même lorsque je prends des photos. Visiblement, des consignes claires ont été données sur ce point, car je me suis déjà vu interdire de photographier un entraînement militaire qui avait lieu en plein centre de Pékin l’année dernière. Alors que j’approche de la sortie du quartier, un unique policier se dirige vers moi pour me demander soudain de ne plus prendre de photos. Il est immédiatement interrompu par un autre policier qui se précipite vers lui, sans m’adresser un regard, pour lui dire de me laisser faire et l’avertit en conciliabule de directives qu’il semblait ignorer.

A la sortie du périphérique fermé par ce dispositif, j’interroge la tenante d’un restaurant chinois sur les événements locaux. Elle est gênée pour me répondre, me parle de morts à Lassah, mais garde un très lourd silence lorsque je lui demande s’il s’est passé quelque chose ici. Elle me tend un journal local où une brève en dernière page parle des événements dans la province du Tibet. Il y est déclaré que le gouvernement Tibétain du Dalaï-Lama n’a aucune crédibilité internationale, et qu’ils espèrent donc qu’aucun pays étranger ne leur accordera de crédit. Alors que je repars, la tenancière donne un sens nouveau à la formule de politesse chinoise habituelle pour me recommander explicitement de faire attention à moi et à où je mets les pieds. En retraversant le quartier en sens inverse en fin d’après-midi, la présence militaire s’est encore accentuée, des moines tibétains se promènent sur les trottoirs en souriant pour montrer leur détachement. Il paraît difficile de prédire si une telle présence calmera les esprits ou accentuera la colère.

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