太极拳 (Taijiquan)

25042007

Au sortir de mon cours hebdomadaire de Taijiquan, je m’aperçois que celui-ci trouble en moi la frontière des genres. En m’apprenant à contrôler mon corps par des gestes à la fois précis et doux (le corps devant y rester détendu malgré la précision du geste), il me donne l’impression de me priver de libido, de désir de conquête et de contrôle. Ou plutôt d’y renoncer au profit d’une conquête personnelle, unique (égoïste?) qui semble disqualifier le monde qui l’entoure.

L’idée de la sagesse que me donne ce sport est avant tout celle d’un grand renoncement. Pourtant, au départ, la vigueur des pas et exercices d’échauffement de 功夫 (kungfu) qu’on nous donne ne semble pas si éloignées des esxercices que l’on trouve chez nous, mais tout ce qui suit – dans les pas du taijiquan – est un appel subtil à une recherche d’équilibre qui semble dénier tout pouvoir à la force, à la vigueur même. L’énergie (气 : prononcez « tchi ») censée se diffuser dans nos corps ne parait pas alors habiter les muscles. « On la sent à la surface des mains » disent les anciens (1) en désignant ainsi les picotements qui apparaissent après un temps. Elle semble guider le corps vers cet équilibre imposé qui nous est enseigné mais qui parait vite particulièrement efficace.

C’est d’une grande douceur, c’est agréable. mais je n’ai pas envie de renoncer à l’idée d’un corps s’amusant des jeux de la domination et du charme pour autant.

Plus tard peut-être… Tant que je trouve un équilibre, cela me conviendra…

 

 (1) De mémoire, j’ai dû lire cela dans l’article d’Evelyne Micollier : « Contrôle ou libération des émotions dans le contexte de pratique de santé qigong » (in Perspectives chinoises n°53 (1999), pp.22-30), mais j’espère que je n’écris pas de bêtise car je n’ai pas de moyen de le vérifier ici.




Explication de texte sur la peine de mort…

20042007

J’ai assisté jeudi après-midi à une conférence plutôt refroidissante… Il s’agissait d’un exposé à l’Université Tsinghua (dans le cadre d’un séminaire franco-chinois hebdomadaire) par un grand juriste chinois et professeur à l’Université du Peuple, Monsieur Xie, de la situation de la peine de mort en Chine. Au lieu du simple discours juridique auquel je m’attendais, celui-ci nous a tenu un vibrant plaidoyer pour cette peine mesurée et juste, qui se doit d’être appliquée avec pondération mais fermeté, qu’est bien entendu -comme chacun le sait- la peine capitale.

Le problème, c’est que Monsieur Xie n’est pas n’importe qui, c’est l’un des plus éminents spécialistes de la question en Chine, directeur de recherche dans la 3ème plus importante université de la capitale, président ou vice président de moults institutions, centres de recherches ou conseils spécialisés sur cette question ou sur la criminologie en général. En bref, Monsieur Xie n’est pas qu’un simple professeur, c’est un « expert », c’est à dire (car je déteste ce mot) : un homme qui se considère comme responsable, et dont pour ce cas les conseils auprès du gouvernement chinois doivent peser lourds (j’en veux pour preuve le fait qu’il dise « nous pensons » quand il parle de la politique de son pays.)

Que pense Monsieur Xie? Que la peine de mort est une arme détestable et que -bien entendu- personne n’aime, mais qui est absolument nécessaire (« tout comme la guerre », ajoute t-il sans rire) entre les mains de l’Etat. Que l’homme a parfois un instinct animal qui le dépasse, et que dans ce cas là, il n’existe pas d’autre possibilité pour la société que d’éliminer l’individu concerné pour s’en protéger. Enfin, que la « mentalité » chinoise empêcherait la population de comprendre le fait que l’État ne la protège pas des criminels en les éliminant.

L’homme commence son exposé exactement comme l’aurait certainement fait toute personne souhaitant faire une présentation de la situation de la peine de mort dans le monde. On ignore encore tout de son opinion. Il donne des chiffres. Il parle des pays abolitionnistes, mais aussi de ceux qui reviennent en arrière. Mais assez rapidemment, sa position commence à transparaitre, car il ne présente pas les faits comme le ferait un abolitionniste. Il signale tout d’abord qu’aucun (« ou presque ») pays de plus de 100 millions d’habitants n’a abandonné la peine de mort, marque le fait que l’Europe a entamé un mouvement « qu’on a dit irrésistible » de suppression de la peine capitale, puis il insiste lourdement sur le fait que les pays où cette peine subsiste restent largement majoritaires. Il ne fait pas de mise en perspective, ne compare pas les situations, ne compare pas les usages ni les chiffres, et compte les pays ne l’ayant pas aboli mais ne l’appliquant plus dans les faits comme faisant partie au même titre que les autres de cette écrasante majorité de pays où la peine capitale perdure. Aucune situation politique n’est prise en compte, aucune question que pourrait légitimement faire apparaître des écarts importants entre pays ne semble lui traverser l’esprit. La machine folle tourne sur elle même sans s’arrêter. Le ton est monocorde, la voix tourne dans le vide et tombe -stupéfiante- dans mes oreilles éberluées. C’est donc ça quelqu’un qui défend la peine de mort en Chine? Une absence totale d’interrogations critiques? L’accumulation tranquille et assurée d’informations successives plus fausses les unes que les autres?

La peine de mort a été abolie en France parceque l’Europe lui a demandé de le faire, nous assure cet esprit tranquille – bien malvenu devant un parterre de français effondrés. Les arguments pro-peine de mort sont du même accabit. La peine de mort faisant peur aux criminels, elle éviterait un nombre considérable de passages à l’acte et sauverait donc un grand nombre de vies, nous assure t-il. Plus tard, alors que je pose une question sur ce point, il nous citera même le chiffre de 156 meurtres évités pour chaque condamnation à mort. Chiffre qui aurait été avancé par un chercheur américain dont personne dans la salle n’a jamais entendu parlé. Le fait qu’aucun pays ayant abandonné la peine de mort n’ait jamais vu de quelconque augmentation de son taux de criminalité ne lui pose pas question. A l’évidence, nous autres français devons être dans son esprit de malheureux naïfs qui préfèrons mettre en danger nos vies dans les rues pour sauver la vie de meurtriers, que de nous en protéger en les assassinant à notre tour. Seule une petite part de son argumentaire me parait intéressante. Il fait remarquer que la plupart des pays ayant abandonné la peine de mort ont conservé la prison à perpétuité qui y ressemble beaucoup. La (légère) différence étant cependant que l’on peut revenir sur une condamnation à vie en cas d’erreur judiciaire, alors que l’on ramène assez peu de condamnés à mort à la vie après leur execution… Mais c’est sûrement parce que cet argument fait aussi sens chez nous que tant d’organisations citoyennes dénoncent aujourd’hui à travers le monde la condamnation à perpétuité au même titre que la peine de mort. Quid des erreurs judiciaires alors? Sa réponse fait froid dans le dos. Ce n’est pas parcequ’on avale une fois de travers qu’on arrête de manger. Ce n’est pas parce qu’il y a des accidents de voiture qu’on va arrêter leur production. Autrement dit, mieux vaut tuer des innocents que laisser s’échapper des coupables. (Oui oui, c’est bien de vies humaines qu’il est en train de parler…)

Monsieur Xie pense cependant que l’usage de la peine de mort peut et doit être régulé et contrôlé. C’est pourquoi, dans sa grande magnanité, le gouvernement central a récemment repris la main sur ce point afin que les condamnations à mort prononcées localement soient désormais confirmées nationalement. La peine de mort est exactement cela à ses yeux. Un problème de régulation sociale. Un instrument comme un autre du pouvoir régalien de l’État, un mode de gestion des dissidences sociales et des écarts à la norme. D’ailleurs, cet humaniste qui souhaite protéger les « droits de l’homme » (sic) des citoyens normaux en éliminant ceux qui y atteignent a aussi une vision magnanime de la peine de mort. Pour lui, celle-ci doit en effet être limitée aux « crimes de sang intentionnels » et aux « crimes intentionnels attentant à la sécurité de l’État » (manière confortable pour des dirigeants non élus de se protéger de la population qu’ils gouvernent…) Mais bon, ceci n’est qu’un rêve. La situation sociale actuelle de la Chine ne permettrait pas de réaliser ce rêve dès aujourd’hui. Il faut bien prendre en compte les réalités sociales… (La corruption est entre autres encore aujourd’hui l’une des raisons de condamnations à mort. Le vol ne l’est en revanche plus depuis quelques années.) Le fait qu’il y ait plus de crimes de sang dans les couches en difficulté de la population que chez les privilégiés ne lui pose pas non plus question, et ne l’amène pas à s’interroger sur l’efficacité de cette peine. Chacun est libre de ses choix d’où qu’il vienne.

Raison ultime de conserver la peine de mort avancée par notre homme : l’attachement « sentimental » qu’on lui porte. La population « simple » en effet ne pourrait comprendre sa suppression. Ce serait, nous assure t-il, une différence évidente entre la « mentalité » des occidentaux et des orientaux (Car chez nous bien sûr, la peine de mort n’est jamais réclamée par personne, et sa suppression est parue comme une évidence à tout le monde.) Moi l’étudiant en anthropologie sociale anticulturaliste, les bras m’en tombent. Soudain donc, cette population à laquelle on ne demande son avis sur rien, et surtout pas sur les lois qui la gouvernent ni sur le choix de ses dirigeants, semble posséder une influence considérable. Comment pourraient-ils comprendre et admettre, ces pauvres gens auxquels on fait avaler des couleuvres à longueur de temps, que l’État ne les distraient pas de temps à autre en tuant quelques milliers de leurs semblables? Je crois que je viens de rencontrer l’ultime forme du mépris : celle du pseudo intellectuel qui considère l’ensemble du reste de la population de son propre pays comme de jeunes enfants attardés, et qui rejette sur l’image qu’il a d’eux ses propres insuffisances reflexives…




Quelques gouttes de pluie…

12042007

La pluie est tombée drue cette nuit sur Pékin. Ce matin le sol est trempé. Je me couvre de boue en me rendant en vélo à la fac, et comprends alors pourquoi tous les autres cyclistes semblent rouler si lentement autour de moi ce matin (évitant ainsi les éclaboussures).

A la pause de 9h, divine surprise!, la pluie de cette nuit semble avoir arrêté les hauts parleurs du campus. Ne restent que l’odeur de l’air frais et les flaques sur le goudron. Si la pluie suffit à arrêter les instruments de notre contrôle, on comprend que le printemps pékinois et son temps instable ait pu être par le passé favorable aux révolutions…

Oh! Que le silence est agréable parfois…

 

Ps : Les révolutions sont pafois trop courtes. A la pause de 10h, des musiques niaises et discours en anglais (pour aider les étudiants à entraîner le leur certainement) envahissaient à nouveau les allées du campus…







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