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« Les Français qui ont deux têtes » (article d’un chinois dissident vivant en France)

17122006

Salut à tous. Je n’ai guère le temps d’écrire sur ce blog ces derniers temps. Il ne reprendra certainement vraiment vie qu’après mon retour à Pékin en février. En attendant, je vous copie cependant ici un article magnifique publié par un dissident chinois (Cai Chongguo) résidant en France, sur son blog. Je le copie car il me parait tellement juste qu’il devrait être lu par le plus de monde possible tant il nous donne à réfléchir, et que je le signerais volontiers des deux mains. Vous trouverez ici la source originale. (L’article est ici reproduit intégralement dans sa version originale, mais j’ai corrigé (entre crochets) quelques fautes de langue).

 

« Je connais certains Français, passés en Chine ou connaissant quelques Chinois, qui croient que les Chinois sont assez libres. Ils ne voient pas que les Chinois ont peur de la police ; les Chinois s’habillent comme ils veulent, les jeunes s’embrassent dans les rues, ils critiquent les dirigeants du Parti à table, les journaux et les télévisions parlent des problèmes de l’environnement et de délinquance. Que désirez-vous encore, vous les Chinois?

Ils ont deux “libertés”, ces français. Une pour eux, une autre pour les chinois. Si les mêmes phénomènes s’installent en France, ils ne seront pas content. Ils ont besoin de voter, de manifester dans les rues si la politique ne leur plait pas, ils adorent regarder les débats politiques à la télévision et dans les journaux. Ils payent les impôts donc ils veulent savoir comment le gouvernement dépense leur argent. Ils savent parfaitement que c’est eux qui produisent la richesse ; les hommes politiques ne font que la dépenser. Il faut donc bien les surveiller. Ces Français savent parfaitement aussi que, chez eux, en France, les hommes sont les hommes, la dignité, le respect, la liberté sont des choses fondamentales qui font la différence entre l’homme et l’animal.

Dès qu’ils arrivent en Chine, ces français changent de tête et de regards. Leurs convictions ne passent pas la douane chinoise, ils les laissent en France dans un placard bien fermé à la maison, gardées par leur chien. Au point que tout s’inverse alors dans leur tête. Par exemple, s’ils sont convaincus en France que c’est eux qui nourrissent l’appareil d’État, en Chine, ils pensent que c’est le gouvernement qui nourrit la population. Critiquant tout le temps leur gouvernement, ils sont fiers de cet esprit de critique mais si la cible est le gouvernement chinois, ils trouveront que c’est une attitude « antichinoise » qu’ils supportent mal. Ils jugent la situation en France par les indices de chômage, de déficit de la Sécurité sociale, alors qu’en Chine, ils ne regardent que le taux de croissance. Ils ont deux versions de l’histoire également. Ils savent que l’histoire de France est faite par les luttes pour la démocratie, pour les acquis sociaux, comme la révolution française et le Front populaire ; sur l’histoire de Chine, ils ne s’intéressent qu’à l’histoire glorieuse du Parti communiste et ils pensent que tout ira mieux de soi plus tard.

Tout ce qu’ils rejettent en France, ils le trouvent beau en Chine. Ils sont même émus par ce qu’engendrent la peur d’une police omniprésente et l’absence de droits élémentaires du travail car ils y voient un merveilleux pacifisme et un admirable goût pour le travail.

Nous sommes différents! La liberté politique et la liberté d’expression, toutes ces belles idées sont pour nous, les Français, pas pour eux, pas pour l’instant du moins, parce que tout simplement ils sont chinois. Ils ne le disent pas, ces Français, mais ils le pensent et ils le croient. Ils parlent certes de la différence des cultures mais pour justifier leur sentiment et leur conviction intime et bien enracinée d’une discrimination culturelle à la fois douce et inconsciente. Ils y croient d’abord, inventent ou cherchent la « différence culturelle » après. Ils ne voient [donc] que les choses qu’ils veulent voir dans les cultures.

Ils sont [de] plus en plus nombreux, [ce] sont les hommes politiques, les hommes d’affaires, [ce] sont aussi les syndicalistes, les étudiants, les antimondialistes. [Ils] ne sont pas méchants du tout avec les chinois, ces français, au contraire, ils sont très gentils, ils aiment les chinois, aiment leur sourire, leur pacifisme, comme les grands parents aiment leurs petits enfants. Certains sont souvent très généreux aussi, [et] veulent sincèrement [aider] les chinois comme les éducateurs bénévoles veulent [aider] les pauvres.

Je sais, pour eux, je suis un Chinois à la fois très proche et très lointain ; et ainsi sont-ils aussi pour moi-même. [Ce] que je souhaite [qu'ils] sachent c’est que, d’abord, ils auront toujours du mal pour comprendre l’hitsoire, surtout l’histoire moderne de [la] Chine et les chinois en profondeur aujourd’hui, si ils ne prennent pas les chinois comme eux. Le problème de la langue n’y est pas si important qu’on croit. Je souhaite ensuite [qu'ils] sachent qu’ils sont les défenseurs [les] plus efficaces du regime en Chine. Une phénomène paradoxal aujourd’hui: de plus en plus chinois pensent que la “réforme politique” est urgente, [de] plus en plus des français, des européens pensent que tout va dans le bon sens en Chine. Les gens au pouvoir en Chine ont une tendance curieuse: gérer la Chine pour faire plaisir aux étrangers. »







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