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Diplômes

24102006

Lorsque l’on me demande ce que je fais, en général, je réponds.

Je n’aime pas mentir. Mais je me demande si je ne vais pas m’y mettre quand je vois les réactions que suscitent ma réponse. A l’énoncé des diplômes que j’ai pu passer, en effet, les réactions n’ont rien pour me plaire. Soit mes interlocuteurs ouvrent des yeux effarés, soit ils me traitent comme une sorte de demi-dieu qu’il faudrait traîter avec un respect particulier. En général, la première réaction précède la seconde. Qui pourrait penser qu’il soit vraiment agréable d’être traité ainsi?
Mais lorsque l’on a des diplômes, la réaction des gens à votre égard est étrange (surtout s’ils n’en ont pas ou moins). Vous n’êtes plus un être humain de la même espèce qu’eux, vous êtes au-dessus. Pas besoin d’écraser les gens, ils s’écrasent eux-mêmes. C’est assez déprimant.
Comme si ces pauvres bouts de papier que sont des diplômes étaient les attributs (quasi totémiques) d’une intelligence supérieure.

Que les choses soient claires : on ne passe pas des diplômes pour en faire collection. Ça n’est en tout cas pas mon cas. On passe des diplômes avant tout pour avoir la chance d’exercer plus tard la profession qui nous plaise. On les passe en second lieu parceque leur contenu nous intéresse, pas pour épater la galerie. Et les gens qui ont des diplômes ne sont pas au-dessus des autres. Ce sont simplement des gens « bien éduqués » qui savent (normalement) à peu près tout ce qu’il faut savoir dans un domaine particulier. Comme ce domaine n’a en règle général rien à voir avec le monde réel, rien ne dit que cette personne ne se débrouille mieux que qui que ce soit d’autre pour se dépétrer dans la vie quotidienne. Inutile par conséquent de la traîter avec des marques d’affectation particulières, ou en se mettant « en retrait » comme le font beaucoup de gens pour éviter de dire des bêtises devant le « diplômé ».

Car les diplômes ne sont assurément pas une preuve de l’intelligence de leur titulaire. Tous les non-titulaires de diplômes seraient-ils des imbéciles? À l’évidence non. Pourquoi le contraire serait-il vrai?

J’accepte que les diplômes puissent être à la limite le témoignage d’un courage ou d’une volonté particulière. Oui, il fallait du courage pour faire deux licences en même temps, de même que pour apprendre le chinois en même temps que je poursuis ma formation en anthropologie. Oui, je travaille beaucoup. Mais en quoi cela devrait-il être le symbole d’une intelligence particulière? J’ai bien travaillé, je commence à bien maîtriser mon domaine. Oui, et après?

Que les choses soit claires. Si un diplômé quelconque vous regarde de haut au nom de ces diplômes, soyez-sûrs qu’il n’est pas intelligent. Sauf erreur de ma part, le mépris à l’égard de ces contemporains n’est pas la qualité la plus fine d’intelligence que l’on puisse reconnaitre à quelqu’un. Par conséquent, ne le traitez pas comme supérieur, vous risqueriez juste de l’assurer dans son orgueil. Et si la personne en face de vous vous traite normalement, pourquoi la traiteriez-vous différemment?

En réalité, penser que si l’on a des diplômes, c’est parceque l’on est doté d’une intelligence particulière serait un peu vite oublier toutes les conditions sociales nécessaires à l’obtention d’un diplôme. Poursuivre ses études, c’est avant tout avoir de la chance! Il faudrait être par conséquent sacrément muffle pour en plus regarder avec mépris des gens qui auraient peut-être bien aimé être à votre place.

Si le diplômé est à ce point traité avec respect, c’est sans doute parcequ’il nous est appris socialement à le traiter comme tel. Le diplôme est dans notre société scolaire un premier marqueur social symbole de « réussite ». C’est sans doute encore pire pour les titulaires de diplômes socialement très « reconnus », comme par exemple pour les titulaires du diplôme de l’ENA (Quoi d’excitant pourtant dans cette école de préfets et de comptables d’État?). C’est un peu ce qu’il m’arrive aussi avec ma licence de science politique. La plupart des gens ignorent à quoi correspondent ces diplômes, quel est leur contenu et ce qu’on y étudie ; mais rien à dire, ça fait « chic »…

Mais le plus important est-il le diplôme ou ce qu’on en fait? Le diplôme n’est jamais que la formation. Bien plus important que ces bouts de papiers, on verra dans quelques années si j’aurai su en faire « quelque chose »…

Ps : Ah oui, il y a encore pire comme réaction. Je viens d’y repenser, il y a aussi les gens qui ne vous croient pas… C’est pire car au lieu de vous maltraiter en vous traitant trop bien, ils nient vos efforts en considérant leur réalisation comme impossible. Ça m’énerve encore plus. On est pas à l’abri d’une contradiction…




L’anthropologue et sa société.

16102006

Volontiers subversif parmi les siens et en rébellion contre les usages traditionnels, l’ethnographe apparaît respectueux jusqu’au conservatisme, dès que la société envisagée se trouve être différente de la sienne. (…) On n’échappe pas au dilemme : ou bien l’ethnographe adhère aux normes de son groupe, et les autres ne peuvent lui inspirer qu’une curiosité passagère dont la réprobation n’est jamais absente; ou bien il est capable de se livrer totalement à elles, et son objectivité reste viciée du fait qu’en le voulant ou non, pour se donner à toutes le sociétés il s’est au moins refusé à une. Il commet donc le même péché qu’il reproche à ceux qui contestent le sens privilégié de sa vocation.

(…) L’opposition entre deux attitudes de l’ethnographe : critique à domicile et conformiste au dehors, en recouvre donc une autre à laquelle il lui est encore plus difficile d’échapper. S’il veut contribuer à une amélioration de son régime social, il doit condamner, partout où elles existent, les conditions analogues à celle qu’il combat, et il perd son objectivité et son impartialité. En retour, le détachement que lui imposent le scrupule moral et la rigueur scientifique le prévient de critiquer sa propre société, étant donné qu’il ne veut en juger aucune afin de les connaître toutes. A agir chez soi, on se prive de comprendre le reste, mais à vouloir tout comprendre on renonce à rien changer.

Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, 1955

Ceux qui ont eu le courage de revenir régulièrement sur ce blog depuis mon retour de Chine l’auront sans doute remarqué, mon arrivée à Paris a singulièrement asséché ma plume.

J’aurais souhaité vous écrire un long texte sur ce que je vis et ressent depuis mon retour en France, mais en fait j’en suis toujours incapable. Je continuerai donc à me taire.

Relisons nos classiques. Il reste toute la vie pour parler.







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