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Travailleuses, travailleurs… ou La construction d’un nouveau building à Pékin (2onde partie : Les travailleurs du 3ème sous-sol.)

28072006

Et voici la suite promise. Je vais essentiellement vous montrer (à l’aide de photos) la façon dont se construit ici un immense building (qui fera probablement comme tous ceux qui l’entourent 13 ou 14 étages. Celui où je loge en fait 15, mais en fait il n’y a ni 13ème ni 14ème étage. C’est comme cela dans la plupart des immeubles. Le 13ème est absent en raison des superstitions occidentales, le 14ème pour des raisons chinoises, mais j’ignore lesquelles. On passe donc directement du 12ème au 15ème…).

A priori, cette construction sera certainement un building de bureaux, ou bien un immense centre commercial de luxe, pourquoi pas… (C’est déjà le cas de l’immense building à coté de lui, que vous voyez ici en noir dans le fond.)

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Lorsque je suis arrivé au tout début du mois de juillet, le chantier en était aux fondations. Je me rappelle être passé un matin vers 6 heures la première semaine, et avoir été surpris de voir que nombreux étaient ceux qui y travaillaient déjà. (En même temps, quand j’avais travaillé en usine en France il y a 3 ans, je commençait à 5 heures du matin. Ces horaires n’ont rien de particulier à la Chine…) Je me rappelle aussi y avoir vu un très jeune garçon qui ne devait guère avoir plus de 15 ans et qui était lui aussi déjà à la tâche… (C’est le seul que j’ai vu. Le gouvernement fait – au moins officiellement – la guerre à l’emploi des enfants.) Près de 4 semaines plus tard, le premier sous-sol est achevé aux 2/3, et l’étage supérieur à 1/3. Je ne sais pas si ces photos permettent de se rendre compte de l’immensité du chantier. C’est une véritable fourmilière. Le batiment fera certainement 150 mètres de large sur une centaine de profondeur, et certainement une cinquantaine de hauteur (hors sous-sol). Cela fait partie de la « rénovation » de Pékin. Il faut bien comprendre que les Jeux Olympiques de 2008 sont vus par le gouvernement comme une chance pour faire de Beijing l’une des places les plus attractives du monde. Pour le moment, on en est encore loin… Mais les travaux engagés sont énormes ! Notre professeure de chinois nous a expliqué il y a quelques jours que d’ici 2008, il avait été décidé que toutes les voitures et taxis « moches » ou trop vieux devaient disparaître de la ville… (Vous imaginez le tollé si la mairie de Paris décidait qu’on n’avait le droit de se déplacer qu’en voiture dernier cri pour cause de Jeux Olympiques…?)

Mais l’immeuble ne se construit pas que le jour. C’est ainsi que ce mercredi, en passant à 23h30, j’ai réalisé qu’il était toujours en pleine activité. J’y suis resté un moment à observer les 3 grues distribuer des matériaux sur le chantier. (La nuit, les camions profitent de la faible affluence de véhicules pour se garer le long du chantier et permettre ainsi aux grues d’y distribuer les matériaux.)

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Je suis ensuite revenu vers minuit, muni de mon appareil photo. Précisons qu’il pleuvait et que, si un certain nombre d’ouvriers s’étaient mis à l’abri, l’essentiel du chantier continuait à tourner… C’est la raison de ces photos floues (je n’avais pas de pied pour l’appareil, et entre la pluie et la nuit, difficile de faire mieux…) Mais en fait, j’aime vraiment beaucoup certaines de ces photos, vous me direz ce que vous en penser. Je trouve que leur flou (« artistique ») rend vraiment bien l’impression que le chantier m’a alors fait : un espace « flou » et sombre où chacun fait sa tache quoi qu’il arrive, quel que soit le temps, et quelle que soit sa fatigue…

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Précisons qu’après cette photo, le petit homme au casque jaune est venu me voir. Comme beaucoup de chinois venus d’ailleurs, il parlait avec un accent qu’il savait incompréhensible pour moi. Aussi m’a t-il tendu un carnet dans lequel il m’a écrit quelques mots (que je n’ai pas tous reconnus). J’ai compris qu’il me demandait d’où je venais. Alors je lui ai répondu en chinois que j’étais un étudiant français venu à Pékin pour apprendre le chinois. Il a comprit mais a quand même voulu que j’écrive quelque chose dans son carnet. J’y ai alors inscrit « 我是法国人 » (Je suis français.) Il a eu l’air très content. Cela lui servira sans doute de preuve…




Travailleuses, travailleurs… ou La construction d’un nouveau building à Pékin (1ère partie : Les migrants et le système du Hukou)

27072006

Salut à tous !

Je n’ai pas encore eu l’occasion d’en parler ici, mais Pékin est une ville immense dont il est difficile de percevoir les limites. Paris ou Lyon semblent à coté comme de petits villages. Ajoutez à cela que la culture chinoise n’était traditionnellement pas très citadine, et que donc l’essentiel des constructions dans les villes sont récentes, et vous comprendrez qu’une ville chinoise est une sorte d’univers suréaliste, composé de la juxtaposition de petits quartiers populaires et de buildings immenses à peine achevés, d’immeubles très dégradés datant des années Mao et de très larges avenues qui s’entrecroisent et sont bien souvent plus larges que nos autoroutes…

Inutile en tout cas de chercher ici le plaisir que vous pourrez prendre à visiter une ville occidentale de la Renaissance. Quand les occidentaux consacraient leur énergie à prouver leur talent par la construction de cathédrales ou autres magnifiques monuments de pierre, la tradition chinoise préférait se consacrer aux arts des lettres, à l’écriture et à la méditation des classiques… (avec les traditions confucéenne, taoïste, ou encore bouddhiste (cette dernière ayant été importée d’Inde à partir du premier siècle de notre ère.))

Quoi qu’il en soit, à l’heure où la Chine « explose », ses villes s’agrandissent démesurément à mesure que l’exode des paysans des régions éloignées prend en importance (on parle de 100 millions de migrants à travers le pays…). Cette explosion est d’autant plus importante et rapide que les chinois des campagnes ont été interdits de circuler et de se déplacer (dans leur pays) au cours des 30 premières années du régime communiste. La politique du Parti visait justement à éviter l’exode massif auquel on assiste actuellement. Elle n’a cependant fait qu’en reculer l’échéance…

Le système qui empêchait cet exode était simple : chaque « camarade » chinois se voyait attribuer une sorte de « visa » interne selon son lieu de naissance. Si l’on était né à la campagne, notre « visa » (户口HuKou : « résidence permanente imatriculée » selon mon dictionnaire de chinois) nous autorisait à nous rendre de campagne en campagne, mais pas vers les villes. Si l’on était l’heureux possesseur d’un 户口(HuKou) « urbain » (et donc né en ville), on se rendait où bon nous semblait. Ce système à deux vitesses a pendant longtemps réellement mis un frein aux migrations, étant donné le très grand contrôle de la population que réussissait à avoir l’état maoïste. Il est toujours en place mais n’est plus aujourd’hui réellement appliqué. (Tout comme en France où l’on ne supprime pas les lois obsolètes car « elles peuvent toujours reservir en cas de coup dur » (nous en avons eu un exemple à l’automne dernier avec la réexploitation d’une loi de la Quatrième République autorisant la mise en place d’un « état d’urgence ».), les chinois gardent leurs vieilles lois, ce qui leurs permet de s’en reservir au besoin.)

L’ « Ouverture » progressive de la Chine au Marché à partir des années 80 à marqué la fin de ce système et les jeunes chinois sont nombreux à espérer aujourd’hui trouver la chance et la fortune à Pékin ou à Shanghai… Cependant, les migrations restent « plus ou moins » contrôlées. Des règles fixent les conditions du déplacement, mais il est dans les fait impossible de contrôler réellement de telles vagues de populations, et la majorité des jeunes chinois qui débarquent en ville sont donc des « migrants illégaux ». Ceux-ci s’installent un peu partout (de nombreuses personnes et groupes s’installent sur les trottoirs, y restent quelques jours, puis se déplacent ailleurs…). Des réseaux de solidarités entre campagnards ou habitants originaires d’une même province s’établissent. Et bien entendu, comme partout ailleurs au monde, les plus forts et les personnes « installées » exploitent les plus faibles et plus récemment arrivés…

Rien d’étonnant donc à ce que des immeubles, bureaux ou habitations se construisent un peu partout (tout comme à ce que l’on tombe parfois, au détour d’un quartier, sur un véritable bidonville, comme cela m’est arrivé plusieurs fois au cours de mes explorations.) Rien d’étonnant non plus à ce que des foules de personnes fassent la queue jour et nuit à l’entrée des chantiers pour y trouver un travail. Rien d’étonnant enfin à ce que les chantiers tournent à toute heure du jour ou de la nuit.

C’est donc bien la construction d’un chantier, en face de l’immeuble universitaire où je réside, dont je vous ferai la description dans la seconde partie de cette chronique. Travailleuses, travailleurs…




La Grande Muraille de Chine…

24072006

Salut à tous !

Et voilà donc le premier « vrai » compte-rendu de ce blog, que je mets à profit pour vous faire le récit de mon expédition à la Grande Muraille de Simatai samedi dernier, agrémenté de quelques photos qui vous feront un peu vous y rendre aussi…

La Grande Muraille de Simatai est à 3 heures au Nord de Pékin. Ça n’est pas le bout le plus proche, ni le plus récent. Il y a du coup moins de touristes, même si il y en a quand même pas mal…

Comme vous le savez peut-être, il n’y a pas en Chine une mais des grandes murailles. Il s’agit de fortifications, en pierre ou en terre selon les époques, et leurs constructions se sont étalées sur plus de 2000 ans. Le 1er véritable empereur de Chine, l’empereur fondateur de la courte dynastie des Qin (vers -220 avant notre ère) est le premier à avoir eu l’idée de relier ensemble plusieurs murs de fortifications pour former ainsi une « grande muraille ». Selon les avancées et reculs des chinois contre les « barbares du Nord » et selon les époques, plusieurs autres « grandes murailles » parallèles ont ensuite été construites. Certaines sont en excellent état tandis que d’autres (notamment des parties en terre dans la province de Mongolie intérieure) ont beaucoup plus subi l’usure du temps et sont interdites d’accès aux touristes.

Celle de Simatai 司马台 (que j’ai visité) est en relatif bon état et en restauration (mais les restaurations en Chine respectent assez peu l’aspect original de la construction. On reconstruit pour les touristes. Jeux Olympiques de Pékin 2008 oblige…) Un regard sur l'horizon...

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Vue d'une tour de garde.

muraille (verticale)

Vertige...

muraille

Muraille non restaurée

 

Voilà… Autant dire que c’est à couper le souffle…

Le paysage n’est d’ailleurs pas en reste. Les montagnes autour de la muraille sont très impressionantes, et on en vient d’ailleurs à se demander comment, avec de telles barrières naturelles, ces « grandes murailles » ont pu être nécessaires.

paysage muraille

Mais les peuples du Nord avaient des chevaux, ce qui n’était pas le cas des chinois, et qui explique pourquoi ils ont été si longtemps un danger pour la Chine du Nord…







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